leçon linguistique

Publié le par céline

Bon, depuis une semaine que je suis rentrée chez moi, j'ai pu renouer avec mes premières amours, le soleil (ou pas), la flemmarditude (ou pas), le créole.

Car oui, comme tous les jeunes d'ici, je parle très très bien créole, et vu que je suis d'humeur miséricordieuse, je veux bien faire un article sur cette langue merveilleuse.

M'enfin, langue, c'est vite dit. Quitte à me coller définitivement tous les défenseurs du créole au cul jusqu'à la fin de mes jours (ce qui, en soit, ne serait pas déplaisant), je ne considère pas le créole comme un idiome à lui seul, mais plutôt comme un langage parlé, dont l'interprétation diverge en fonction de l'individu concerné, sa provenance, et caetera.

Mais trève de blablas inutiles, passons à la première leçon:

Le créole en famille, rapport dominé:
Chez les jeunes créoles (oui, là, je parle de moi), la pratique du créole commence dans le foyer, où le parent dominant (ou les deux) donne des ordres -ô combien ennuyeux et inutiles- en créole: Alé jité poubèl-a,  ce qui signifie:
va jeter la poubelle.

Le jeune, en revanche, ne peut repondre à ses parents en créole (c'est très mal vu), donc il geindra: Mais maman, il est vingt-trois heures, et dehors, y'a des crapauds gros comme des cocos. D'ailleurs, la dernière fois, j'en ai confondu un avec une noix, que j'ai shotée pour marquée ma déconfiture d'etre ainsi exploitée, et...
et il se prend dans la face un: to pas las pléré? Alé là, féyan. (tu ne te lasses jamais de pleurer? Exécution, feignasse).

A partir de ce moment, on peut attaquer la leçon numéro deux:

 le créole en famille, rapport dominant.

En effet, le jeune, ainsi spolié, frustré, s'attaquera à toute cible à proximité: par exemple à sa soeur se prélassant sur le canapé: To mèm, to feyan pasé to rat (regarde toi, tu es plus fainéante que ton rat).
La soeur,qui n'a rien demandé, se défendra comme elle peut: Sa ka rivé to? Dejà, a pa oun rat, épi alé jité poubel-a (qu'est-ce qui t'arrive? Déjà, ce n'est pas un rat, et puis va jeter la poubelle).
Certes, ce n'est pas un rat, mais un hamster. N'empêche que c'est une sacré feignasse. J'ai jamais vu une bête vivante aussi inerte. 
Bon, là, à ce stade, je suis yeg, vu que ma maminounette m'observe avec attention, et que je ne peux pas infliger de sévice corporels à ma soeur pour son insolence, par le fait.


Hum, ah oui, yeg, un des mots les plus utilisés par la jeune génération, en créole. Hum, comment dire, il est tellement commun, qu'essayer de l'expliquer, ça serait essayer de définir le verbe faire. Le qualificatif se rapprochant le plus de yeg, est français, est dégouté. Mais on l'utilise dans tellement de contextes... M'enfin, bref.

Sinon, mon autre soeur, elle, se prète plus volontiers à mes joutes verbales (enfin, se prête malgré elle). D'où la leçon numéro trois:

comment saouler quelqu'un en un temps record?

Pour ma part, je l'enlace, et je lui hurle dans les oreilles avec amour une bonne dizaine de fois: Chéwi doudou, je te rème. Ce qui traduit, donne: Chérie doudou, je t'aime.
Ca l'horripile parfaitement, et elle me répond en général: To lé roun bikok? Soit: tu veux un bikok? (un bikok étant une taloche donnée sur l'arrière de crâne avec le poing fermé). Que d'agressivité!

Autrement, il existe des tournures qui elles sont complètement créoles, mais composées uniquement de mots français (ce qui faisait d'ailleurs mon prof de français s'arracher les tifs: une élève pas trop mauvaise comme moi, qui lui sortait des énormités le plus naturellement possible, car ayant grandi dans ces déformations de langage, elle ne s'en rendait pas compte) , et c'est la leçon quatre:

Le créole français:

Par exemple: Pôôôh, fiche qu'il fait chaud. J'irais bien manger une glace en kek part.
Ou alors, au volant (je suis très stressée, au volant): Allez là! Fils d'inutile. et le clignotant, ké to gro tèt! Ici, le 'ké to gro tèt' (avec ta grosse tète) étant dans ma famille une marque de mépris suprême pour une personne ne brillant pas par sa jugeote.

Enfin, leçon cinq:

L'expression créole qui différencie définitivement ma famille de toutes les autres famille créoles.

C'est le terme foulamb.

Vous pourrez demander à la plupart des créolophones ce que signifie ce mot, ils ne sauront vous répondre; et pour cause: il semble qu'il était usité par une voisine de ma maman, dans sa jeunesse, et par conséquent, seul son quartier l'aurait en connaissance. Mais je ne doute pas qu'il ait d'autres origines secrètes, et des utilisateurs respectueux des rites ^^.

Foulamb signifie: manger avec voracité: I fin rentré, i ja la ka foulamb: il vient de rentré, et il s'empiffre déjà.

Il est interessant de noter l'affaiblissement syllabique qu'a connu ce mot en deux générations: par exemple moi, je dis plus volontiers: j'aurais bien flamb une glace.
La fainéantise, sans doute ^^ 

Et donc bien sûr, en chanson du jour, une chanson en créole, que je trouve particulièrement niaise, mais qui fout la pêche, c'est de Chris Combette, et ça fait:

Mo kad'to mo conten to, woyowoyowoyoy

Publié dans vivons heureux

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