il serait temps de prendre parti

Publié le par céline

A bien des égards, je fais partie de minorités.
Je m'en fous, enfin, je m'en foutais jusqu'à maintenant.
Je ne voyais pas l'interêt qu'avaient les gens à se rassembler en groupes revendicatifs: contre le racisme, contre l'homophobie, contre les discriminations.
Enfin...si, je pouvais concevoir, mais je trouvais tout cela démesuré.
Parce que je vivais sur mon nuage.
Parce que le racisme, je ne l'avais expérimenté à mon égard qu'un nombre limité de fois, comme ce jour où le mot "negra" est sorti de la bouche de ce crétin, comme une insulte, et que ça m'avait blessé; comme ce jour où les vigiles de ce magasin de bourges m'ont suivie parce que j'étais la seule noire.
Jamais je ne m'étais faite spolier à propos de mes orientations sexuelles.
Bref, je vivais dans une bulle.
Qui m'a éclaté à la gueule.
J'ai raté la location d'un nombre incalculable d'appartements. Ma colocatrice, blonde aux yeux bleus n'a jamais eu ce problème.
Peut-être est-ce ça, peut-être que non. Mais sûrement que oui.
J'ai été victime d'une agression sur les quais, alors que je mangeais une glace avec une amie. C'était vraiment méchant et gratuit. Je voyais la haine dans les yeux du mec, je voyais à son rictus qu'il prenait un plaisir sadique à me tourmenter. Je lisais dans ses pensées l'envie qu'il avait de me remettre dans le droit chemin, à sa manière.
J'en ai pleuré.
Après lui avoir tenu tête, ne pas avoir répondu à ses provocations, puis lui avoir demandé de me laisser tranquille, s'il vous plaît, après lui avoir intimé l'ordre de ne pas me toucher, après qu'il se soit lassé et qu'il soit parti, j'en ai pleuré. De rage, d'impuissance et de colère.
Enfin, je veux dire: pourquoi?
Pourquoi me reprocher quelque chose que je ne peux pas changer?
Pourquoi s'en prendre à moi, qui ne faisais rien de mal?
Pourquoi? Pourquoi?
Pourquoi tout le monde ne s'en fout pas, des noirs, chinois, arabes, gitans, blancs? On ne peut pas changer une couleur de peau, on ne peut pas changer une culture, on naît comme ça, on est comme ça, et point.
Pourquoi je ne pourrais pas aimer qui je veux? Pourquoi ça dérange les gens, alors que ça n'intervient pas dans leur vie, ça ne change rien pour eux...ils s'en foutent, enfin, ils devraient.

Alors j'ai compris.
J'ai compris pourquoi toutes ces associations de vitimes, j'ai compris pourquoi toutes ces revendications, j'ai compris beaucoup de choses.

Je fais partie de minorités, et ça me fait bien chier.
Pas d'en faire partie, mais d'en pâtir.
Voila.


et donc là, j'écoute where is the love des black eyed peas
(en fait, j'écoute i got a feeling du même groupe, mais ça colle moins à l'état d'esprit dans lequel je me trouvais quand j'ai écrit l'article...alors faites comme si).

Je suis consciente que cet article ne fait qu'énoncer des évidences, ne donne pas à réfléchir, ne sert à rien, qu'il est vide et creux. mais je suis cliché, ces temps-ci. Veuillez m'en excuser (demain j'attaque la paix dans le monde)

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